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La peur des bruits

Au même titre que la socialisation aux personnes différentes ; l’habituation au bruit fait partie des apprentissages qu’un chiot doit acquérir le plus tôt possible.

De nombreux chiens ont peur des bruits violents, mais, dans certains cas, la peur perturbe profondément et durablement le comportement de l’animal. Sachant que les troubles du comportement sont des causes très fréquentes d’abandon, voire de demande d’euthanasie, il est important de mettre en place des mesures pour empêcher qu’une peur ne se transforme en phobie.

Quelques conseils de prévention, par le Dr Emilie ROSSET       

                                                                                              Courtoisie Lignées Elevage N° 25 (09/15)

Peur normale ou phobie ?

 Environ 50 % des propriétaires observent des réactions de peur chez leur chien lorsqu’il est exposé au bruit d’un pétard, d’un feu d’artifice, d’un coup de feu, d’une bouteille que l’on débouche….

Les réactions au bruit sont très variées : halètements, tremblements, vocalises, recherche de protection auprès d’un être humain, tendance à se cacher ou à détruire des objets, etc…. Dans certains cas, le chien exprime même des signes physiologiques : salivation abondante, miction de peur, diarrhée de stress…

 Il a été montré que même le pelage peut refléter le stress ressenti par le chien à l’audition d’un bruit. Des prélèvements de poils collectés deux semaines après avoir fait entendre aux chiens des enregistrements de bruits inquiétants montrent en effet une nette corrélation entre le taux de cortisol (1) des poils et les réactions aux enregistrements.

(1) Le cortisol est une hormone qui marque le niveau du stress

 Si le chien n’est pas habitué à entendre des bruits forts, cette peur est normale. Il ne faut cependant pas la négliger car elle risque de s’aggraver au fil du temps, entraînant des comportements très indésirables. L’hyper réactivité à différents stimuli, dont le bruit, est clairement associée à diverses manifestations d’agressivité chez le chien.

Quand le chien en est à repérer les signes annonciateurs d’un bruit et manifester une peur par anticipation, on parle alors de phobie. Ce type de troubles est compliqué à gérer par les propriétaires car le chien devient intolérant aussi à des bruits normaux de son environnement.

 

Habituation des chiots aux bruits

  Un chiot réagit au bruit à partir du 18ème jour. Un réflexe de tressaillement peut alors être mis en évidence en claquant des mains à 10 cm au dessus du chiot : il fléchit la tête et le cou, contracte ses membres et ferme les paupières. Normalement, il doit se soulever puis retomber.

 Il faut profiter de la période de socialisation qui commence juste après pour familiariser les chiots à des bruits très différents jusqu’au moment de leur adoption. L’environnement sonore du chiot entre trois semaines et trois mois conditionne beaucoup ses réactions ultérieures.

 Même si les chiots sont élevés au chenil, il est utile de les amener individuellement à l’intérieur de la maison pour leur faire entendre des bruits usuels, comme la sonnerie du téléphone, l’aspirateur, la radio, la télévision…

 Pour des raisons évidentes de disponibilité, il n’est en revanche pas facile de sortir les chiots un par un en milieu urbain pour les familiariser aux bruits de la ville. Une solution alternative consiste à faire écouter aux chiots des bruits enregistrés dans la vie quotidienne : voiture, moto, orage, détonations, etc…

 Il suffit juste d’installer du matériel audio dans une pièce dédiée à la socialisation des chiots et leur faire entendre des sons enregistrés. Des disques spéciaux sont vendus à cette intention.

 

Une bonne information des propriétaires

 Grâce à ses conseils, l’éleveur peut aider les propriétaires à bien démarrer leur vie commune avec leur chiot, une fois celui-ci parti de l’élevage.

 

Etre patient

 La présence de la mère et du reste de la portée permet au chiot d’acquérir de la confiance et facilite ses apprentissages.

Pour qu’il acquiert un maximum de stabilité émotionnelle avant de quitter l’élevage, mieux vaut ne pas vendre un chiot trop jeune.

 

Profiter au maximum de la période de socialisation

 Trop de propriétaires croient nécessaires de limiter les sorties avec leur chiot avant els rappels de vaccination vers l’âge de trois mois. Malheureusement, à partir de cet âge, la capacité d’adaptation des chiots est plus réduite.

Il faut au contraire encourager les propriétaires à exposer leurs chiots à des environnements sonores très différents entre le départ de l’élevage et la 12ème  – 14ème semaine. Si un chiot expérimente les promenades en voiture en milieu urbain, la fréquentation des marchés, des gares, avant l’âge de trois mois, il risque moins d’en avoir peur plus tard, surtout s’il a associé ces situations à un évènement agréable, telle qu’une séance de jeu avec son maître.

 

Eviter de transmettre son propre stress

 Si le propriétaire donne des signes de peur à son chiot, celui-ci va forcément s’imprégner de son état émotionnel. Raccourcir la laisse, prendre le chiot dans les bras pour le protéger, le caresser ou le distraire ; tout cela risque de renforcer l’anxiété du chiot face au bruit.

Il faut rester indifférent en apparence à ce qui se passe et ignorer les signes éventuels de peur montrés par le chiot. Lorsqu’il cesse d’exprimer des signes d’inquiétude, il faut alors le féliciter et le caresser.

 

La désensibilisation est toujours possible

 Ce qui fonctionne à titre préventif peut aussi être utile à titre curatif chez un chien qui a développé une phobie à certains bruits. Afin d’empêcher des réactions violentes si un orage approcher ou si un feu d’artifice est planifié dans les environs, il est possible d’essayer de « rééduquer » le chien.

 Les disques de sons enregistrés peuvent aussi servir à désensibiliser les chiens qui ont peur de bruits particuliers. Il faut bien sûr faire preuve de bon sens en expérimentant cette technique : le volume doit être, au départ, réglé très bas pour ne pas effrayer me chien. L’intensité sonore sera augmentée en fonction des réactions du chien : l’objectif est d’obtenir une accoutumance progressive au bruit. Le chien est récompensé tant qu’il ne montre aucun signe de peur.

Avec certains chiens vraiment phobiques, cette technique aggrave parfois la situation et il est préférable d’avoir recours à un spécialiste du comportement canon, avant de continuer. Le vétérinaire est le mieux placé car il pourra associer un traitement comportemental à une prescription médicamenteuse destinée à calmer le chien. Certains médicaments peuvent en effet améliorer durablement le comportement du chien.

  

L’oreille des chiens est beaucoup plus sensible que la nôtre : elle souffre dès que l’intensité du bruit dépasse 30 décibels (le seuil de tolérance humain se situe autours de 90 décibels).

 Même s’il n’est pas spécialement phobique, il est tout à fait déconseillé d’emmener son chien quand on va voir un feu d’artifice. 

 De même, exposer son chien à de la musique très forte peut être considéré comme une forme de maltraitance.

 

Christian

Christian - Chris-Educk